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Sorties et rencontres


Conférence sur les patronymes du Châtel

Le Châtel : chroniques de la tour et des familles vu par l’histoire
Dans le cadre de la manifestation Géné@hermillon au mois de mai, à la salle polyvalente d’Hermillon, l’historien Philippe De Mario a transporté son auditoire dans le passé du village du Châtel. Loin d’une simple énumération de noms, sa conférence a proposé un véritable voyage temporel, mêlant l’étude des patronymes à la grande et petite histoire de cette subdivision administrative médiévale.

Un tour d’horizon millénaire : du Cartulaire à «Chandor»
Le village, autrefois désigné sous les formes de Prieuré Sanctae Mariae de Castro en 1184 dans le cartulaire de Maurienne, puis Chatel en 1583, Notre-Dame du Chatel en 1586, Chastel en 1698, prend le nom de Le Châtel à partir du XIXe siècle. L’étude des textes anciens révèle l’importance précoce du site. En 1261, Pierre de La Chambre faisait déjà une donation de 100 livres pour favoriser les bénéfices du prieuré. Quelques années plus tard, en 1269, Anthelme de Clermont, évêque de Maurienne, mentionnait dans son testament le prieuré de «Sainte-Marie du Châtel».
Ce prieuré, souvent nommé « Chandor » (une déformation de Champ d’Or), remonterait au moins au XIe siècle. Son église actuelle, agrandie vers 1665, témoigne encore de ses racines romanes. Le chantier de reconstruction à la fin du XVIIe siècle a mobilisé des artisans de renom : les sculpteurs Symon et Duverney ou encore le maître-charpentier Nicaise Gauthier.
On note également la participation de charpentiers locaux comme Jacques Cosmoz, portant un nom aujourd’hui disparu.

La Tour du Châtel : entre légende et pierre
Élément emblématique du paysage, la Tour du Châtel est entourée de mystères. En 1602, l’historien Paradin, payé par la Maison de Savoie, a propagé la légende de sa construction par Bérold de Saxe au Xe siècle. Pourtant, les recherches historiques contemporaines et les analyses dendrochronologiques suggèrent une construction durant la seconde moitié du XIe siècle. Le site est mentionné comme Castrum en 1184 par une bulle du Pape Lucius III (souvent associé à Lucius II dans certaines traditions). Reconnu pour son architecture unique en carré parfait, cet édifice a été classé Monument Historique par arrêté du 8 mai 1900.

Les habitants à travers les siècles : de la Gabelle au Cadastre Sarde
Pour comprendre qui peuplait le village, Philippe De Mario s’appuie sur le dénombrement lié à la gabelle du sel de 1561. À cette époque, Le Châtel comptait 330 habitants répartis en 89 feux fiscaux. On y trouvait déjà les familles Du Pont et De La Balme, ainsi que de nombreux prêtres nommés Favier.
Le Cadastre Sarde de 1729 offre une vision encore plus précise de la vie seigneuriale. Il mentionne la famille Du Pont, dont l’un des membres, Guillaume de Pont Amalfredi, cité dès
1274, pourrait être le créateur du château du Villaret. À cette époque, le village du Châtel est une ruche d’activité avec ses 166 maisons, 7 moulins et 9 fours banaux.

L’évolution des noms : la valse des patronymes
L’évolution démographique montre une stabilité relative (environ 320 habitants en 1906) avant une chute significative au XXe siècle. Parallèlement, la hiérarchie des noms de famille a évolué. Pendant des siècles, le nom Brun a dominé le village (11 familles en 1561).
Cependant, le recensement de 1876 marque un tournant : les Favier passent devant les Brun avec 13 foyers contre 12.
Certains noms ont sombré dans l’oubli, tels que les Cugnet, Roux ou encore Dechaux, ce dernier ayant totalement disparu dès le XVIIIe siècle.

Sobriquets et Alias : l’identité double
Une particularité marquante de la Maurienne, et du Châtel en particulier, est l’usage massif des noms doubles et des sobriquets. Sur 950 noms de famille dans la vallée, on dénombre près de 920 alias ou surnoms enregistrés dans les actes officiels. Au Châtel, on distinguait ainsi les différentes branches d’une même famille par leur lieu d’habitation, comme les «Brun de la Combette» ou les «Brun de la Roche». Ces alias, nés de la nécessité de différencier les familles homonymes au sein d’un même terroir, font partie intégrante du patrimoine généalogique du village.

Cédric GRAND